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Selon le psychologue canadien Albert Bandura[1], la motivation ne suffit pas : si une personne pense ne pas pouvoir produire de résultats satisfaisants dans un domaine, elle n’essaiera même pas de les provoquer. Dans le cadre scolaire, ce sentiment d’efficacité personnelle est central, et peut être un puissant levier pour apprendre – ou au contraire un frein majeur qui empêchera l’élève de s’engager dans les activités scolaires.

Qu’est-ce que le sentiment d’efficacité personnelle ?

Pour définir le sentiment d’efficacité personnelle ou SEP, il faut commencer par le distinguer d’autres dimensions proches. Ainsi le SEP ne se confond ni avec la motivation, ni avec les compétences techniques en rapport avec la tâche à réaliser. Le SEP ne correspond pas non plus à l’estime de soi.

Le SEP est un jugement par rapport à la capacité d’effectuer une tâche et n’est pas nécessairement lié à des émotions ou à un jugement affectif en lien avec l’image de soi. Ainsi, on peut penser ne pas être efficace dans un domaine (à tort ou à raison) sans que cela affecte le moins du monde l’estime de soi. Le sentiment d’efficacité personnelle correspond en réalité aux croyances d’un individu quant à sa capacité à réaliser une tâche, un apprentissage, un défi ou un changement avec succès. Cette croyance peut être présente ou absente quel que soient le niveau des compétences techniques en rapport avec la finalité de la tâche, et quel que soit le niveau de motivation.

Un élève peut ainsi avoir un SEP élevé en mathématiques, même s’il sait qu’il n’a pas encore les outils techniques pour résoudre le problème qu’on lui soumet (il sait qu’il sera capable d’acquérir ces compétences). De la même manière, il peut avoir un SEP élevé en français, mais ne pas être motivé à un instant T pour faire la rédaction qu’on lui demande. A l’inverse, un élève pourra avoir un SEP faible en histoire, sans que cela affecte son estime de soi.

Le SEP correspond donc aux croyances des individus en leur capacité à exercer un contrôle sur les événements qui affectent leur vie par la mobilisation de la motivation, de ressources cognitives et la mise en place d’actions nécessaires[2,3]. La présence d’un SEP élevé pour un domaine particulier permettra à l’élève de mettre délibérément en place des comportements autorégulés dirigés vers un but, ce qui est par ailleurs essentiel pour l’ajustement psychologique et le bien-être[4].

Le SEP contribue à déterminer les choix d’activités et d’environnement, l’investissement du sujet dans la poursuite des buts qu’il s’est fixé, la persistance de son effort et les réactions émotionnelles qu’il éprouve lorsqu’il rencontre des obstacles. Il s’agit de cognitions spécifiques concernant des comportements spécifiques dans des situations ou des domaines spécifiques[3]. Comme il ne s’agit pas d’un trait de personnalité, on peut donc agir et modifier ce SEP par des dispositifs d’intervention spécifiques.

Quel est l’impact du sentiment d’efficacité personnelle à l’école ?

Les performances d’un élève ne dépendent donc pas seulement de ses compétences « objectives », mais également du degré de maîtrise qu’il pense avoir de celles-ci[5]. Le SEP va donc avoir une grande influence sur la variation des performances d’un élève à l’autre et d’une situation à l’autre pour un même élève, et ce à compétences équivalentes[3]. On peut d’ailleurs être très compétent et motivé, mais penser qu’on n’arrivera pas à atteindre l’objectif fixé. Ceci peut saper la motivation et poser des difficultés au cours de la réalisation de la tâche (focalisation sur le négatif). Cela peut même empêcher l’engagement et la prise de risque (pour éviter une humiliation ou un échec anticipés).

Le SEP est donc un facteur primordial dans la motivation puisqu’il détermine les défis choisis par l’individu, ses efforts, sa persévérance face aux obstacles, le stress éprouvé et le découragement ressenti suite à des échecs[2]. Ainsi, les élèves « qui croient fortement en leurs possibilités abordent les tâches difficiles comme des défis à relever plutôt que comme des menaces à éviter. »[3].

Un fort sentiment d’efficacité favorise un degré élevé de motivation, de réussite scolaire ainsi que le développement d’un intérêt intrinsèque vis-à-vis des matières scolaires[6–8]. Notons également qu’un sentiment élevé d’efficacité favorise l’esprit d’innovation[9] et donc la créativité. A l’inverse un sentiment d’efficacité personnelle faible va susciter des cognitions et des actions inappropriées[2].

Les enfants qui ont confiance en leurs aptitudes à maîtriser des compétences scolaires et à réguler leur apprentissage manifestent de ce fait plus de comportements prosociaux, sont plus populaires et moins rejetés par leurs pairs que les enfants qui doutent de pouvoir fournir beaucoup d’efforts dans les activités scolaires[2]. Les progrès du SEP influence d’ailleurs visiblement la progression des résultats scolaires[10]. Le SEP est enfin lié au bien-être et permet une meilleure gestion du stress lorsqu’il est développé[11–13].

L’impact du SEP en quelques mots

Le sentiment d’efficacité personnelle (SEP) agit sur l’autorégulation des comportements de quatre manières différentes[4] :

  • Influence sur les buts que les élèves se fixent : ceux ayant un SEP élevé dans un domaine s’y fixent des buts plus difficiles à atteindre que ceux dont le SEP est faible dans ce domaine.
  • Influence sur la mobilisation de l’effort, la persistance face aux obstacles et le choix d’activités orientées vers des buts.
  • Influence sur l’efficacité et la capacité à résoudre des problèmes et à prendre des décisions : face à des tâches nécessitant des prises de décision complexes, les élèves ayant confiance en leur capacité à résoudre des problèmes utilisent avec plus d’efficacité leurs ressources cognitives que ceux qui en doutent.
  • Influence sur la sélection d’activités : l’élève choisit habituellement de s’engager dans des situations dans lesquelles il s’attend à un succès et évite celles où il risque d’échouer. Cette sélection différentielle produit un « fonctionnement en boucles » : en s’engageant dans des situations où il s’attend à réussir, l’élève accroît ses compétences et son SEP relatif à ces situations ; inversement, en évitant les situations où il s’attend à échouer, il se prive d’expérimenter de potentiels succès qui pourraient le conduire à combattre son faible SEP dans ces situations.

Comment développer le sentiment d’efficacité personnelle à l’école ?

D’une manière générale le SEP change en fonction des résultats de l’apprentissage, de l’expérience et du feedback reçu[14]. De plus, dans l’enseignement, les pratiques qui nourrissent l’intérêt, insistent sur la valeur des contenus et privilégient la prise d’initiatives engendrent une persistance accrue et un meilleur apprentissage que le recours aux punitions, récompenses, évaluations et autres manipulations externes[15].

On distingue 4 sources distinctes permettant de construire le sentiment d’efficacité personnelle[16] :

  • La performance (expérience personnelle de la maîtrise) : dans la vie courante, le développement de la capacité personnelle grâce aux expériences de maîtrise est le moyen le plus puissant de générer un sentiment d’efficacité fort et résilient.
  • La persuasion sociale (le commentaire des personnes jugées importantes par l’élève au sujet de ses performances).
  • L’observation d’autrui (expérience vicariante de la maîtrise) : chez les élèves, il sera plus efficace pour eux d’observer d’autres élèves réussir une tâche, plutôt que d’observer l’ensignant•e.
  • L’interprétation des états émotionnels : si des états émotionnels négatifs sont associés à des tâches où l’élève rencontre des échecs, celui-ci doutera de ses compétences personnelles et pourra alors se retrouver « enfermé » dans un SEP négatif.

Bâtisseur de possibles, un levier global pour agir sur le SEP

Une expérience positive permettant de contextualiser les savoirs et d’autonomiser les élèves va donc favoriser la construction d’un SEP positif. Le fait de responsabiliser les élèves en les rendant initiateurs et agents du changement est un point central du dispositif « Bâtisseurs de possibles ». En proposant par ailleurs un apprentissage par problème qui implique une prise de risque cadrée, le dispositif « Bâtisseurs de Possibles » constitue une expérience positive et concrète venant renforcer le SEP.

Cette expérience positive permet donc aux élèves de collaborer, de se confronter ensemble à des problèmes complexes et de les dépasser. De plus, la variété des compétences invoquées et la contextualisation des savoirs permettra à chacun•e de mobiliser ses compétences personnelles et de renforcer son SEP.

Pour toutes ces raisons, nous lançons cette année un protocole de recherche-action visant à valider scientifiquement l’impact de « Bâtisseurs de possibles » sur le SEP.

 

Nous cherchons donc des enseignants/écoles (CE2 à CM2) qui souhaitent nous rejoindre et participer à cette étude, envoyez-nous un mail avant le 30 septembre à l’adresse suivante : bwagener@syn-lab.fr.

Téléchargez un dépliant qui présente la recherche plus en détail. 

 

 

 

 

 

 

Références

  1. Bandura A. Social cognitive theory: An agentic perspective. Annu. Rev. Psychol. 2001;52:1–26.
  2. Bandura A. La théorie sociale-cognitive des buts. Rev. Québécoise Psychol. 1993;14.
  3. Bandura A. Auto-efficacité. Le sentiment d’efficacité personnelle. Paris: De Boeck Université; 2007.
  4. Barone DF, Maddux JE, Snyder CR. Social cognitive psychology: history and current domains. New York: Plenum Press; 1997.
  5. Galand B, Vanlede M. Le sentiment d’efficacité personnelle dans l’apprentissage et la formation : quel rôle joue-t-il ? D’où vient-il ? Comment intervenir ? Savoirs. 2004;Hors série:91.
  6. Bandura A, Schunk DH. Cultivating competence, self-efficacy, and intrinsic interest through proximal self-motivation. J. Pers. Soc. Psychol. 1981;41:586–598.
  7. Relich JD, Debus RL, Walker R. The mediating role of attribution and self-efficacy variables for treatment effects on achievement outcomes. Contemp. Educ. Psychol. 1986;11:195–216.
  8. Schunk DH. Self‐efficacy perspective on achievement behavior. Educ. Psychol. 1984;19:48–58.
  9. Locke EA, Zubritzky E, Cousins E, et al. Effect of previously assigned goals on self-set goals and performance. J. Appl. Psychol. 1984;694–699.
  10. Joët G. Le sentiment d’auto-efficacité en primaire : De son élaboration à son impact sur la scolarité des élèves. Université de Grenoble; 2010.
  11. Caroli MED, Sagone E. Generalized Self-efficacy and Well-being in Adolescents with High vs. Low Scholastic Self-efficacy. Procedia – Soc. Behav. Sci. 2014;141:867–874.
  12. Karademas EC. Self-efficacy, social support and well-being. Personal. Individ. Differ. 2006;40:1281–1290.
  13. Natovová, L, Chýlová H. Is there a relationship between self-efficacy, well-being and behavioural markers in managing stress at university students? J. Effic. Responsib. Educ. Sci. 2014;7:14–18.
  14. Gist ME, Mitchell TR. Self-Efficacy: A Theoretical Analysis of Its Determinants and Malleability. Acad. Manage. Rev. 1992;17:183–211.
  15. Sarrazin P, Pelletier L, Deci E, et al. Nourrir une motivation autonome et des conséquences positives dans différents milieux de vie : les apports de la théorie de l’autodétermination. In: Martin-Krumm C, Tarquinio C, editors. Traité Psychol. Posit. 2011. p. 273–312.
  16. Cosnefroy L. L’apprentissage autorégulé, entre cognition et motivation: déontologie et identité. Grenoble: Presses universitaires de Grenoble; 2011.

 

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